La démarche agronomique

Une agriculture fondée sur le fonctionnement de l'écosystème

Cette démarche considère la parcelle agricole non comme un simple support de production, mais comme un écosystème vivant, dont la production végétale constitue l'une des fonctions.L'objectif n'est donc pas de remplacer un intrant chimique par un intrant « naturel », mais de réduire progressivement la dépendance à toute intervention extérieure en s'appuyant sur les capacités propres de l'agroécosystème.

La fertilité du sol, la nutrition des plantes, la disponibilité des éléments minéraux, la régulation de l'eau, la limitation des maladies et la régulation des ravageurs sont considérées comme des fonctions écologiques à construire et à entretenir, plutôt que comme des problèmes auxquels il faudrait apporter une réponse extérieure.

Cette approche repose ainsi sur trois principes fondamentaux :

1. Faire fonctionner le sol plutôt que le fertiliser

Le sol est considéré comme un écosystème à part entière.

L'objectif est de favoriser son activité biologique, sa structure, sa capacité de rétention d'eau et ses cycles biogéochimiques afin que les éléments nutritifs nécessaires aux plantes soient progressivement rendus disponibles par les organismes du sol.

La matière organique, les racines vivantes, les associations végétales, les couverts, les résidus de culture et la diversité des plantes deviennent alors les moteurs du fonctionnement du sol.

Il ne s'agit plus seulement d'« apporter de la fertilité », mais de créer les conditions permettant au sol de produire et de renouveler sa propre fertilité.

INRAE identifie précisément les microorganismes et la microfaune du sol comme des acteurs des régulations biologiques pouvant contribuer à la fertilité et à la structuration du sol.

2. Ne plus lutter contre les ravageurs, mais construire leur régulation

Dans cette logique, un ravageur n'est pas nécessairement considéré comme un organisme à éradiquer.

Il fait partie du réseau trophique de l'agroécosystème.

L'objectif est donc de favoriser les conditions permettant à ses prédateurs, parasitoïdes et autres organismes régulateurs d'être présents, de se reproduire et d'exercer durablement leur fonction.

Cela implique notamment :
- diversité végétale
- rotations ;
- associations de cultures
- plantes hôtes des auxiliaires
- haies et bandes végétales
- création de mares
- maintien d'habitats semi-naturels
- diversité des strates végétales
- présence de ressources alimentaires tout au long de l'année
- limitation des perturbations du milieu.

La recherche agronomique confirme que la biodiversité peut fournir des fonctions de régulation des bioagresseurs et que ces régulations peuvent être favorisées par la diversification des cultures et des habitats à l'échelle de la parcelle et du paysage.

Le but n'est donc pas nécessairement zéro ravageur, mais un système capable de maintenir les populations de ravageurs à un niveau compatible avec la production.

C'est précisément la logique de l'« écosystème autoprotecteur » décrite par INRAE.

3. Concevoir la biodiversité comme une infrastructure productive


Dans cette conception, la biodiversité n'est pas simplement une conséquence positive de l'agriculture.

Elle devient un outil agronomique à part entière.

Une haie n'est plus seulement une haie : elle constitue un habitat, une zone refuge, une source de nourriture et une voie de déplacement pour des organismes auxiliaires.

Une couverture végétale n'est plus seulement une protection contre l'érosion : elle participe au cycle du carbone, à la vie biologique du sol, à la régulation de l'eau et à la disponibilité des nutriments.

Une association de plantes n'est plus seulement une technique culturale : elle modifie les interactions entre plantes, sol, microorganismes, ravageurs et auxiliaires.

L'agriculteur cherche donc moins à contrôler directement chaque élément du système qu'à concevoir l'architecture écologique permettant au système de s'autoréguler.


Un changement de paradigme

L'agriculture conventionnelle peut être schématiquement représentée ainsi :
- Sol → carence → engrais
- Ravageur → traitement
- Maladie → traitement
- Adventice → herbicide
- Stress hydrique → irrigation

Alors que l'approche écosystémique chercher plutôt à construire :
- sol vivant → cycles biologiques → nutrition
- biodiversité → réseaux trophiques → régulation des ravageurs
- diversité végétale → résilience → moindre sensibilité aux maladies
- couverture du sol → infiltration + rétention → régulation hydrique
- matière organique → activité biologique → fertilité

Autrement dit :
Notre objectif n'est pas de remplacer un intrant par un autre.
Notre objectif est de remplacer l'intrant par une fonction écologique.

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