Mon père est issu d’une famille de paysans dans l’Aube (Champagne pouilleuse), laboureurs (c’est-à-dire qu’ils possédaient leur propre cheval), dans le même village depuis avant la Révolution française.
Une région agricole pauvre, d’où le terme de « pouilleuse », car les sols sont composés quasiment exclusivement de craie, dont l’avantage principal est de permettre à l’humidité de remonter des profondeurs. La génération suivante a pu cultiver avec succès grâce aux engrais chimiques.
Ma mère est née dans une famille d’un gros bourg de la Nièvre (Morvan), où son père, initialement maréchal-ferrant, était un entrepreneur visionnaire et a développé une société de vente de machines agricoles.
Mes deux parents ont été les seuls de leurs fratries à s’éloigner de leurs territoires d’origine.
Ils ont fait carrière en tant que gestionnaires dans l’Éducation Nationale, avec une très forte implication personnelle, un sens de l’intérêt général et du service public hors du commun et une probité et une éthique exemplaires.
Ils ont déménagé très fréquemment (Dijon, Nancy, Reims, Chatenay-Malabry, Yaoundé, Paris …).J’ai donc été élevé en milieu urbain, mais avec un très fort ancrage rural et agricole.J’ai aussi développé malgré moi un caractère solitaire, du fait de mes nombreux changements de villes, de domiciles et d’établissements scolaires (jusqu’à la terminale, je n’ai jamais été plus de 2 ans dans le même établissement).
Il paraît que vers 4-5 ans, à la traditionnelle question « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », j’aurais dit à mes parents : « je veux travailler dehors, je ne veux pas diriger et pas être dirigé ».
Quel programme !
Je n’ai jusque maintenant pas vraiment réussi à faire cela.
Avec une facilité pour les études, je suis devenu ingénieur agronome (Institut National Agronomique Paris-Grignon, devenu depuis AgroParisTech, un peu par mon intérêt pour la nature, un peu par défaut, car ce cursus est l’un des rares à ne fermer aucune porte.
A la fin de mes études, j’ai créé, avec 3 camarades, une société de conseil en ingénierie territoriale.
Frustré par le fait de ne pas pouvoir voir les résultats de nos recommandations, j’ai rapidement décidé de m’ancrer sur un territoire.
Je ne voulais pas être fonctionnaire, par rapport à l’expérience parentale et le manque de reconnaissance des organisations publiques.
Mais tous les postes qui m’intéressaient, contrats de rivière, contrat de bassins… nécessitaient d’être titulaire de la fonction publique territoriale.
J’ai donc passé le concours et mon premier poste a été d’être Directeur du Domaine de Lindre, au Département de la Moselle. 1 000 hectares de milieux naturels, essentiellement des étangs piscicoles avec un très forte biodiversité : le troisième site de France en termes ornithologique !
Un poste exaltant que j’ai occupé pendant une dizaine d’année, tout en acceptant d’autres missions et postes au sein de la collectivité : Chef du Service Agriculture, Aménagement Foncier et Milieux et Naturels, Directeur du Centre Départemental d’Expérimentation Fruitière que j’ai fait évoluer en les Jardins fruitiers de Laquenexy.Je suis devenu ensuite Directeur de l’Environnement et de l’Espace Rural, avec en plus des trois services dont je m’occupais déjà, celui de l’Eau, de l’Assainissement et des Déchets.J’ai toujours été un fonctionnaire atypique, avec une probité et un sens de l’intérêt général et du denier public exemplaires.
Et bien, qu’on ne m’ait jamais rien reproché sur la qualité de mon travail, j’ai été écarté.
Trop dérangeant.
J’ai ensuite intégré la Ville de Metz, comme Responsable des Mairies de Quartier et de la Démocratie Participative.
J’ai mis en place le nouveau dispositif participatif : Comités de Quartiers, Conseil Municipal des Enfants, Conseil Économique et Social Local.
J’ai évolué vers une mission au Pôle Urbanisme, après un master de Sociologie Urbaine, pour m’occuper des projets de quartiers, d’un Observatoire des Quartiers et de l’amélioration de la prise en compte des usages dans l’espace public.
Puis j’ai créé la mission Animations, Jardins et Agricultures urbaines au sein du Pôle Espaces verts : Jardins Familiaux, projets agricoles, dont la Ferme de Borny, Jardins partagés, espace Incroyables Comestibles, Jard’in Metz, compostage collectif, Je fleuris ma rue … ont été parmi les dossiers gérés ou initiés.Là, encore, trop dérangeant, j’ai été é
carté…
J’ai donc quitté la fonction publique pour créer une association d’éco-pâturage, devenu Société Coopérative d’Intérêt Collectif : les éco-pattes. 5 ans d’activité, jusqu’à 500 animaux, 5 salariés, plus de 80 sites de Verdun à Strasbourg.
Les difficultés de recrutement, pour un métier exigeant, qui n’entre dans aucune « case » ont eu raison de mon énergie.
Aujourd’hui, je souhaite développer ma passion, les plantes, les sols vivants, avec un projet modeste et ambitieux, d’un jardin, sans intrants, sans irrigation, où le public est bienvenu et produisant des plantes, fleurs, fruits et légumes de qualité…
J’espère des partenariats de tous ordres.
J’espère que ce lieu devienne un lieu de vie, de rencontres, de partage.
